En matière de numérique, l'Europe écrit les règles de circulation avant même de disposer de ses propres véhicules.
L'IA Act est désormais une réalité. C'est un choix politique fort. Mais une question demeure : comment l'Europe entend-elle exercer ses ambitions en matière d'intelligence artificielle alors que les capacités numériques dont elle dépend restent largement entre les mains d'acteurs extérieurs ? Réguler sans posséder l'outil n'est pas une preuve de puissance ; c'est l'aveu d'une perte de contrôle.
La véritable résilience n'est pas un concept juridique, c'est une capacité d'action. C'est la possibilité de maintenir nos administrations, nos hôpitaux, nos banques et notre économie en état de fonctionner malgré une crise majeure. Aujourd'hui, l'Europe ne souffre pas d'un déficit de règles ; elle souffre d'un déficit de capacités. Tant que nos dépendances numériques resteront structurelles, notre liberté de décision demeurera conditionnée par des choix que nous ne maîtrisons pas.
Pour les décideurs français et européens, la priorité doit changer : construire les capacités avant de multiplier les normes. Il s'agit de reconstruire les capacités indispensables à la continuité de l'État, à la résilience de notre économie et à notre autonomie stratégique.
Car on ne régule durablement que ce que l'on est capable de faire fonctionner, de protéger et, en dernier ressort, de maîtriser.
L'Europe a développé une culture de la norme ; elle doit désormais retrouver une culture de la capacité.